ASȲLUM : l’asile en héritage

Asylum

Asȳlum : En latin, asile. Du grec άσυλον (ásulon), lieu inviolable.

  1. Lieu de refuge privilégié pour les personnes persécutées.
  2. Établissement de bienfaisance où l’on recueille des personnes dans le besoin pour leur dispenser de l’assistance.
  1. Abri, protection, secours.

   Ce récit de l’auteur espagnol Javier De Isusi, pourrait être une oeuvre de plus sur la thématique de l’émigration-immigration ; s’ajoutant ainsi à de grands romans, films et bandes dessinées qui l’ont précédé, souvent avec force et talent sur le sujet. On pense notamment à De l’autre côté, album noir et blanc de Leopold Prudon, qui était dans la première sélection du prix Social Bd 2015-2016 et qui retraçait le parcours d’un jeune tunisien pour venir en France.

   Alors pourquoi cette bande dessinée laisse-t-elle une trace particulière pour nombre de ses lectrices et lecteurs ? Peut-être par sa structure narrative entrecroisant habilement l’Histoire et le présent.

   Dès le début de sa bande-dessinée, Javier De Isusi met en parallèle les souvenirs d’une grand-mère contrainte à l’exil lors de la guerre civile espagnole (1936-1939) et la parole de migrants d’aujourd’hui ayant fui leur pays pour différentes raisons (la guerre, la répression à l’égard des homosexuels, l’esclavage sexuel, les mariages forcés). Une façon de nous dire que le devoir de mémoire n’a de sens que s’il s’incarne dans les engagements contemporains.

Trois planches sur l’itinéraire d’une africaine :

planche 1

planche 2

planche 3

   La grande réussite de ce travail vient en effet de l’empathie que crée la bande-dessinée à l’égard de ses principaux protagonistes. Il est bouleversant d’apprendre par exemple de quelle manière honteuse la France a organisé « l’accueil » des réfugiés espagnols fuyant le régime de Franco. Retenus prisonniers sur une plage entre la mer et des fils de fer barbelés gardés par des soldats, de nombreux espagnols moururent de froid, de faim ou de maladie (typhoïde, pneumonie, dysenterie, tuberculose).

Asylum - les camps de concentration

Certes, on pourrait objecter qu’il ne s’agit là que d’une bande-dessinée, qui plus est écrite par un auteur espagnol. Pour lever ces doutes compréhensibles, on lira l’article du site du musée de l’histoire de l’immigration (Palais de la porte dorée, Paris) consacrée à la « Retirada« , en clair à l’exil espagnol (ici). On y trouvera par exemple ceci :

 » Ces réfugiés ne bénéficient pas d’un accueil optimal. En dépit du soutien de la gauche et des tenants d’une attitude humaniste, la France de 1939 est loin d’être pour les Espagnols la République sœur dont ils espéraient obtenir réconfort et soutien. Rongée par la crise économique, en proie aux sentiments xénophobes, repliée sur elle-même, la société française offre aux réfugiés un accueil plus que mitigé. Avant même la Retirada, plusieurs décrets-lois ont été édictés par le gouvernement Daladier, dont celui du 12 novembre 1938 qui prévoit l’internement administratif des étrangers « indésirables », c’est-à-dire susceptibles de troubler l’ordre public et la sécurité nationale. Les Espagnols sont les premiers à subir les conséquences de cette politique nouvelle en direction des populations allogènes. […]

Les conditions de vie dans ces camps, que les autorités françaises nomment elles-mêmes, en 1939, « camps de concentration », sont extrêmement précaires (début février 1939, à l’occasion d’une conférence de presse à propos du camp d’Argelès, le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut s’exprime en ces termes : « le camp d’Argelès sur Mer ne sera pas un lieu pénitentiaire, mais un camp de concentration. Ce n’est pas la même chose », in Geneviève Dreyfus-Armand, Émile Temime, Les Camps sur la plage, un exil espagnol, Paris, éditions Autrement, 1995, 141 p.). « 

   Contrairement à la France, ce sont donc des pays d’Amérique Latine (Venezuela, Mexique) qui ont mis en place une véritable politique d’accueil aux réfugiés espagnol (les basques notamment). A l’heure où la stigmatisation du peuple mexicain va bon train, un peu d’histoire en bande-dessinée ne peut pas faire de mal…

Asylum - Mexique

   On l’aura compris, il faut lire Asȳlum pour la force de son récit et pour sa capacité à éveiller les consciences. Une fiche de lecture d’une élève de seconde d’un lycée rennais montre à quel point la littérature peut encore entrer en résonance avec les adolescent-e-s d’aujourd’hui et in fine que ce prix Social Bd a toute sa raison d’être (fiche de lecture ici).

   On ajoutera pour terminer qu’il arrive que des livres donnent envie de changer le monde et que celui-ci, par la puissance évocatrice de son texte de fin, a contribué à faire naître une initiative citoyenne en faveur d’une véritable politique européenne d’accueil des réfugiés. Sinon, pourquoi ouvrir un livre ?

http://projetasylum.blogspot.fr/p/l.html

https://www.facebook.com/lucioles.Asylum/

R.D.

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s